<< Quel est votre mois préféré ? Dites "avril", s'il vous plaît. Il n'y a pas mieux. Qu'on ne nous bassine pas, pitié, avec les jupes qui raccourcit, ces vastes cris de joie qu'on reserve à l'été. Le printemps est une saison beaucoup plus subtile. Il y a de la gaieté et de l'exubérance. On ouvre les fenêtres. Il y a des courant d'air. Soudain, en une seconde ( on s'en aperçoit toujours trop tard ), une poésie s'empare des rues, comme si Dieu, qui est un régisseur malin, avait decidé de modifié le décor. La lumière a des reflets changeants, comme un éclairagiste qui ferait des essais avant l'arrivée des acteurs. On ne reconnaît plus rien. On regrette presque les récentes giboulées. Ces pluies furtives avaient quelque chose de caressant. L'hiver s'éloigne sur la pointe des pieds, en bougonnant. Au bout de tout cps, on se sentait un peu citadin, rabougri. Une fraîcheur pas vraiment désagréable reigne sur les terasses. Les cafetiers eteignent leurs horribles chauffage a gaz. Soudain, la vie se fait plus intense. La dernière rentrée litteraire n'est plus qu'un souvenir, et la prochaine n'est encore qu'un mirage. le Festival de Cannes se profile a l'horizon. Bientôt, ce sera Roland-Garros. le bruit des balles aura le don de rythmer les soirs précoces, les flirts sans consequences. Un robuste optimiste s'exprime sans vergogne. Les grandes vacances restent une perspective lointaine : les plus perspicaces savent qu'elles seront pleines de soucis et d'embarras. Pour l'instant, le soleil a une discrétion de cousin bien élevé. Les passantes evitent pour de brèves semaines ce bronzage qui est toujours à la limite de la vulgarité. Les examens ne vont pas tarder à étendre leur ombre menaçante sur l'avenir des lycéens. Les écoliers enlèvent leur pull en courant et sortent de l'operation les cheveux tout ébourriffés. Il faut dresser un monument au mois d'avril. Cette periode est émouvante comme un souvenir d'enfance. Elle possède une innocence sans cesse renouvelée. A son contact, les importuns deviennent moins graves. La solitude tend à disparaître, à se maquiller sous des airs pimpants. Le pintemps a tendance à se faire de plus en plus rare. C'est pour ça que l'homme ne pourrait s'en passer. >>